La bande dessinée, très longtemps absente de la scène culturelle nationale, fait l'événement à partir d'aujourd'hui grâce au festival international qui lui est dédié. Il y a dans cette manifestation une part considérable de nostalgie, car la bande dessinée a tout de même connu ses heures de gloire. C'était il y a un peu plus de vingt ans lorsque les rencontres de Bordj El Kiffan attiraient des foules d'irréductibles passionnés.Depuis, la discipline s'est érodée sous la contrainte d'un environnement qui, faut-il le souligner, a été également hostile au cinéma, au théâtre et à la littérature. La bande dessinée, malgré la pugnacité de quelques animateurs talentueux, n'a jamais été réellement regardée comme un art majeur. D'abord parce que de prime abord, elle n'a pas été inscrite dans un circuit pédagogique officiel. Elle a connu en cela le sort des musées, dont la fréquentation n'a pas enregistré des sommets, parce qu'ils étaient assimilés, par le bon sens populaire, à des espaces de l'étrangeté. Le musée est, dans le langage commun « dar el adjaïb ». C'est dans cet état d'esprit que les productions de la bande dessinée, en Algérie, sont ramassées sous l'appellation générique de « Mickyettes » en référence au personnage emblématique de Mickey. Cela n'a pas empêché l'engouement populaire pour la bande dessinée sans que, pour autant, celle-ci soit considérée comme une activité sérieuse. Elle l'aurait été si l'enseignement à tous ses paliers l'avait validée. L'insuccès de la bande dessinée ne surprend pas davantage que celui du cinéma dans une société où l'image a toujours un pouvoir de transgression et reste exposée à la censure de la morale ou de l'argent.Il y a encore un rigorisme atavique qui jette sur l'image le voile de l'interdit. La représentation au cinéma, sur la toile ou dans la bande dessinée est problématique dès lors qu'elle entre en collision avec le principe de tabou. L'Etat avait, dès le départ, un devoir pédagogique d'affirmer tous ces moyens d'expression comme autant de véhicules pour entrer dans la modernité en montrant qu'ils n'étaient en rien incompatibles avec les valeurs les plus fortement ancrées de la société. Mais l'Art est par nature iconoclaste et polémique à l'égard des conventions sociales et des idées reçues. Il n'en va pas autrement de la bande dessinée qui est dans de nombreuses parties du monde une industrie culturelles florissante. La notoriété de l'école japonaise et de ses mangas est exemplaire de ce point de vue.Il faut bien convenir pourtant que cette expérience est d'abord portée par une formidable demande publique, pour ne pas dire populaire. Ceci pour souligner que la bande dessinée ne peut pas se greffer aux habitudes et aux besoins du public si, à l'instar du cinéma et du théâtre, elle n'est pas sous-tendue par une volonté clairement signifiée d'en faire un vecteur d'éducation. La résurgence de la bande dessinée, à la faveur de ce 1er festival international à Alger, incite à reposer la problématique d'une vie culturelle qui puise ses fondements dans l'apport déterminant de l'école dans sa vocation à l'ouverture de l'esprit et à l'apprentissage de l'esthétique. Sans une telle réponse institutionnelle, il n'y aurait encore que des solutions improvisées et forcément volontaristes à de vrais problèmes appelés à durer.
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