La terrible pression terroriste de ces derniers jours mais surtout le silence troublant du président de la République sur les malheurs de son peuple relancent presque automatiquement le débat sur la succession au pouvoir. A sept mois de l'élection présidentielle, Abdelaziz Bouteflika paraît davantage comme un homme qui s'apprête à « rentrer chez lui » que dans la posture de quelqu'un qui veut consolider son règne. Ce n'est certainement pas la meilleure attitude à adopter pour un prétendant à une rallonge de mandat que de se murer dans sa tour d'ivoire pendant que ses concitoyens se font massacrer dans une succession infernale d'attentats.Cette absence de réaction témoigne d'un détachement psychologique et politique qui ne sied guère à la fonction de garant de la sécurité nationale qu'incarne le président de la République. En choisissant de ne rien dire, Bouteflika devrait logiquement tirer ses propres conclusions via un regard introspectif sur le mode de gouvernance qu'il a imprimé au pays. Le silence, en pareille circonstance, ne peut s'interpréter autrement que comme une démission morale. Quid de la révision de la Constitution et de la campagne annoncée pour le troisième mandat ' C'est assurément mal parti et mal servi pour un homme qui voulait tant requinquer son bilan pour mieux le « vendre » aux Algériens en avril prochain. Après avoir reconnu lui-même son échec dans la conduite des réformes économiques, lors d'un discours devant les maires, en assénant un mémorable « nous nous sommes cassé le nez ! » ou encore « nous nous sommes trompés ! », le voilà rattrapé sur le plan politique par une réconciliation nationale qui bat de l'aile. Les derniers attentats sanglants constituent, de par l'ampleur du nombre de victimes et leur timing, le coup de grâce à une démarche politique quasiment divinisée par le pouvoir et sa clientèle. Cet attachement aussi mystique que maladif de Bouteflika et ses partisans aux « dogmes » de la réconciliation est tel qu'ils sont prêts à triturer la Constitution, cette loi fondamentale, mais pas à renoncer, ou tout au moins lifter cette loi controversée, dénoncée et par les terroristes et par les familles des victimes. Sur quel bilan comptable l'éventuel candidat Bouteflika pourrait donc s'appuyer pour capter l'intérêt populaire, si tant est que c'est le peuple qui décide ' Par quel tour de prestidigitation pourrait-il réussir à créer une illusion d'optique en se faisant passer pour le sauveur, l'unique ' Mais pour illusoire qu'elle puisse paraître au regard de l'impasse actuelle, l'entreprise de reconquête du pouvoir n'en est pas moins envisageable. Les voies du système étant impénétrables, ce Bouteflika acculé pourrait fort bien rebondir grâce aux insondables calculs du sérail dont l'Algérie a décidément bien du mal à en sortir. Eh oui, le silence est aussi d'or, a fortiori en Algérie'
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