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Djurdjura, nos Alpes d'Algérie Boghni et Tikjda
Postée par : y_boudghene
Date : 14/05/2008
Ecrit par : J-M Lopez extrait :"Pnha , n° 108, janvier 2000.
Source : http://www.alger-roi.net/sommaire/sommaire.htm
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Le massif du Djurdjura est impressionnant dans sa nudité rocheuse et ses escarpements évoquent plus d'une fois le relief alpestre. On pense à la description célèbre de Mouloud Feraoun : "Le Djurdjura hermétique semble cacher aux regards un monde imaginaire, très différent du nôtre. C'est un colosse dénudé, d'un blanc de cendre assez terne sur les contreforts et dont les cimes se confondent souvent avec de gros cumulus. Mais en ce mois d'avril au ciel bleu, ses sommets sont encore couverts d'une neige éblouissante. Il offre alors aux montagnards la plénitude d'un spectacle grandiose fait d'extrême puissance et de beauté sauvage. Les villages minuscules qui se terrent à son pied ou s'égrènent sur les sommets des massifs les plus modestes ont l'air d'une multitude apeurée qui se prosterne devant un Dieu sévère". (La terre et le Sang).
C'est de Bouïra que l'on peut accéder aux plus hautes régions de la Chaîne du Djurdjura qui, sur une longueur de 40 km. environ du Tizi Djaboud à l'est de l'Haïzer jusqu'au col de Tirourda à l'est du pic de Lalla Khedidja, offre, bien que son altitude moyenne ne dépasse guère 2 000 m, tous les caractères de la grande montagne. Elle les doit à la nature de ses roches (calcaires liasiques), escarpées en crêtes dentelées, en pitons aigus aux formes magnifiques, en murailles gigantesques aux flancs abrupts. Sur le versant nord, surtout, ces formations affectent des cimes hardies, des découpures pittoresques, qui donnent à la chaîne un aspect grandiose, une allure alpestre. Bien que les bois y aient été dévastés par des abus de toute nature, quelques pentes ont conservé d'assez beaux spécimens de cèdres ; la région, érigée en 1926 en "parc national", a été protégée pendant la période française. Mais la guerre d'Algérie et le laisser-aller qui a suivi a beaucoup nuit au fragile équilibre de l'écosystème local. Le Djurdjura se compose, en fait, de deux chaînes distinctes : celle du nord, qui comprend l'Haïzer et l'Akouker et se prolonge, vers l'ouest par l'Azerou Tidjer et celle du sud où se dresse le cône culminant de Lalla Khedidja.
Aujourd'hui nous nous contenterons de la première, à travers une promenade à Boghni et à Tikjda.

Boghni

Dans le grand livre des souvenirs, la lecture de Boghni, petit village de Kabylie entre Dra-el-Mizan et Mirabeau, c'est réaliser un merveilleux pèlerinage dans le passé.
Niché au pied du Djurdjura, montagne majestueuse, avec ses neiges éternelles d'où descendaient, en plein été, les vieux kabyles et leurs ânes chargés de neige qu'ils négociaient pour quelques sous... Cette eau claire et fraîche qui dévalait dans les rigoles, quand nous étions tous assis, alignés sur les trottoirs, pieds nus,... Mitiche... Belkacem... Aryki... François... Bélaïd...
La source à quelques encablure de l'oued, destination de la promenade rituelle du dimanche pour savourer les cerises déposées dans l'eau glacée.
Le petit train, dit de la "voie étroite" qui reliait Mirabeau à Boghni, via Maatkas, et que l'on prenait au vol à l'image des héros du Far West... véritables films "kabylisés" ! Le marché du dimanche avec ses étalages de bonbons torsadés de toutes les couleurs qui voisinaient avec les quartiers de viandes, cibles privilégiées des mouches tournoyantes et tenaces...
Marché de Boghni dans lequel des rafales meurtrières furent tirées par un bandit de grand chemin dénommé Mohamed Oumeri, abattu beaucoup plus tard du côté des Aloès de Mechtrass par les gendarmes après poursuites... encore un film !
Les écoles au nombre de 3 se répartissaient les différents niveaux. On se souvient de Mr Engele, notre brave instituteur qui nous préparait à l'entrée en 6è ! Il avait fort à faire ! Sur 40 élèves, nous étions 3 ou 4 "européens". Nous parlions le français avec l'accent kabyle. Cela n'était pas toujours du goût de la maman. Au moment du choix délicat et crucial de la première langue. Mr Engele sur un ton sans réplique déclara : "Claude devrait prendre l'arabe... c'est la langue de l'avenir... !"Allatif !

Nous venons de fêter Noël et à l'approche de l'Épiphanie, je me souviens de la ravissante église de Boghni, entourée de jardins et de superbes bassius, couverte d'un manteau de neige en hiver et dont le clocher était peuplé de gros nids de cigognes... dont les cliquètements résonnent encore à mes oreilles... Les Pères Blancs et leurs mulets, le Père Clan...
Boghni, "El-Borhni" comme on disait là-bas, était un charmant village où il faisait bon vivre.
Nous y menions une vie paisible faite de travail, de projets, d'échanges et de relations amicales et humaines, entre tous les habitants, avec les joies et les peines partagées, dans le respect de chacun. Et puis ce fut le 1" novembre 1954. Adieu Boghni, tel que je l'ai gardé en ma mémoire.
Il restera toujours dans mon livre et alimentera longtemps encore je l'espère, les souvenirs de mon pays et de mes amis à jamais perdus. (Claude Rochette)

Tikjda

Encore appelée Tikjda Berlureau (du nom d'un journaliste algérois qui célébra la montagne kabyle et dont le buste figure au fronton du refuge), station estivale et hivernale de ski à 1 475 m d'altitude au centre du Parc National du Djurdjura, dans une situation magnifique entre le massif du Haïzer au sud-ouest et celui, plus imposant encore de l'Akouker au nord-est. Au milieu des cèdres, un télésiège et plusieurs remonte-pentes faisaient la joie des Algérois comme à Chréa.
À 1 475 m d'altitude, c'est un excellent gîte d'étape qui était promu à un brillant avenir : en hiver pour les randonnées en ski et les slaloms de compétition, en été pour les ascensions de haute montagne réservées aux alpinistes bien entraînés et pour les promenades faciles comme celle du lac Goulmine.
De Tikjda et de Tigounatine, on faisait d'agréables promenades et quelques ascensions extraordinaires. -
Promenades en 8 (en palier), d'où l'on découvre les deux versants de la montagne ; l'un boisé de cèdres, l'autre de chênes verts. De nombreux cèdres centenaires existaient encore en 1962...
- Le Gouffre de l'Abouker, par une brèche impressionnante, on aperçoit la haute Kabylie jusqu'à la mer.
- Le lac Goulmine peuplé de rainettes vertes qui lui donnent une coloration particulière et de sangsues.
- Le Bonnet de police. On monte par des pentes boisées de cèdres, après lesquelles on atteint un plateau rocheux, où estivent des troupeaux. On découvrait au sud Maillot, à l'ouest Bouïra et au nord-est le Ras Timedouine et l'Akouker.
- La grotte de glace qui faisait l'admiration de ses visiteurs, véritable glacier souterrain, le seul connu en Afrique septentrionale.
En hiver, quand les amoncellements cyclopéens du Djurdjura sont vêtus de neige, drapés de lourds nuages, que les arbres à feuilles caduques des jardins sont dépouillés et tracent sur le fond pur de noires arabesques, le massif nous impressionne par sa force mais curieusement aussi par son innocence. Au printemps, quand la saison redevient douce et que les pentes qui dévalent à nos pieds sont cultivées avec soin et que l'olivier donne son caractère spécifique au site qu'il entoure de son feuillage gris argent et que le fellah poussant sa rustique charrue attelée d'une paire de bœufs semble sortir d'une mosaïque romaine de Tipasa ou de Timgad, le Djurdjura nous manque et nous regrettons de n'être plus protégé de son immense aura.

J-M Lopez

 
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